jeudi, septembre 06, 2007

La Maison de Solenn accueille chaque mois 1 500 adolescents en difficulté

La Maison de Solenn accueille chaque mois 1 500 adolescents en difficulté

Le pédopsychiatre Marcel Rufo, responsable médical de la Maison des adolescents de l'hôpital Cochin (Paris), a quitté ses fonctions, le 1er septembre, et rejoint l'hôpital Sainte-Marguerite, à Marseille. Un choix librement consenti par cet homme de 62 ans, qui veut développer pour les adolescents, dans son Sud natal, "une médecine plus globale et moins spécialisée".



Marcel Rufo laisse derrière lui un lieu qui a fait ses preuves. La Maison de Solenn, dont les portes s'ouvraient en décembre 2004 grâce au soutien de la Fondation Hôpitaux de Paris- Hôpitaux de France présidée par Bernadette Chirac, avait pour objectif de prendre en charge la souffrance psychique et somatique des adolescents.

Avec 1 200 à 1 500 consultations par mois (dont un bon tiers de consultations psychiatriques), la Maison des adolescents n'a pas démérité.

Tout à la fois structure d'accueil, d'information et de prévention, service de consultation et d'hospitalisation (20 lits en permanence occupés), il héberge une unité Inserm de recherche en psychiatrie de l'adolescence (la première en France, qui travaille notamment sur les troubles graves du comportement alimentaire), et un étage réservé aux "soins culturels" où se côtoient une quinzaine d'ateliers (philosophie, escalade, musique, cuisine, etc.).

Au-delà de son rôle de soins et d'orientation des 11-19 ans, cet établissement au lancement très médiatisé a eu pour autre conséquence positive de favoriser un peu partout en France la création d'"Espaces santé jeunes", destinés à accueillir les adolescents en souffrance psychique et physique.

Le ministère de la santé et des solidarités a également été encouragé à lancer en janvier, en partenariat avec la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, un appel à projet pour la création de Maisons des adolescents dans diverses villes de France, qui viendront compléter celles déjà mises en oeuvre au Havre, à Marseille, à Bordeaux et dans la région parisienne.


RÉUSSITE


La mission de ces maisons, telle que définie par les pouvoirs publics : "Prendre soin des adolescents en leur offrant les prestations les mieux adaptées à leurs besoins et attentes, qui ne sont pas actuellement pris en charge dans le dispositif traditionnel."

Conteur plus que théoricien, chaleureux, peu conformiste, donnant beaucoup de sa personne, Marcel Rufo fut sans conteste pour beaucoup dans la réussite de la Maison de Solenn. "Il a aidé à repenser les formes d'accueil des adolescents, qui avaient besoin d'évoluer sans que soient pour autant reniées les références théoriques de la profession", estime le professeur Philippe Jeammet, ancien chef du service de psychiatrie de l'adolescent et du jeune adulte à l'Institut mutualiste Montsouris (Paris).

Désigner le successeur de cette figure marquante de la pédopsychiatrie, dans ce lieu hors norme non dénué d'enjeux politiques, n'est évidemment pas chose simple. Dans l'attente d'une décision définitive, c'est au docteur Isabelle Ferrand qu'il revient d'assurer l'intérim. Chef du service de psychiatrie de l'hôpital Cochin depuis 1994, elle est à l'origine, en 1990, de la création du Centre Cassini, à Paris-14e, spécialisé dans la prise en charge des toxicomanies, notamment des adolescents et de leur famille.

Collaboratrice de Marcel Rufo depuis plusieurs mois, Isabelle Ferrand considère comme naturel que la Maison des adolescents "reste un lieu d'accueil et de soins des souffrances psychologiques et de l'anorexie mentale", mais espère donner une plus large place au traitement des troubles somatiques.

Catherine Vincent